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L'échange de pouvoirs érotique


Jeux de confiance extrêmes

Sujet(s) : BDSM Survol   732 lectures  Aucun commentaire     Imprimer

Texte écrit par Valmont pour le magazine Corps & Âme no 34 en mars 2003.

À un moment ou un autre de sa vie, qui n’a pas fantasmé à l’idée de se faire attacher pendant l’acte amoureux, d’offrir ses charmes à une personne totalement inconnue, ou de se retrouver dans un contexte érotique de vulnérabilité physique et mentale?

Soyons bon prince, renversons la proposition : Qui n’a pas un jour caressé l’idée d’attacher sa douce moitié, d’être en position de dominer sexuellement une personne inconnue, ou de se retrouver en position d’exiger de l’autre qu’il fasse à nos quatre caprices coquins ?

Bienvenue dans le monde fascinant et étrange des échanges de pouvoir érotiques. Ou si vous préférez, le BDSM, cet acronyme aux connotations sulfureuses qui fait frémir les opérateurs de répertoires de sites web grand public et encombre les serveurs des outils de recherche.

Un monde étrange peuplé de malades pervers à enfermer au plus sacrant ? C’est ce que l’on a cru longtemps, à lire les grandes sommités scientifiques des deux derniers siècles, du neurologue Krafft-Ebing, l’inventeur du terme sado-masochisme, cette satisfaction liée au désir d’asservissement ou de soumission comme principe de plaisir, à Freud qui confirma cette pulsion comme étant la perversion la plus fréquente et la plus importante de toutes.

Depuis Freud, plusieurs études et travaux ont enrichi notre compréhension du phénomène, du philosophe Gilles Deleuze qui considérait qu’une bonne séance chez une dominatrice valait tous les divans du monde, aux sexologues Havelock Ellis et Nancy Friday en passant par le rapport Kinsey, les rapports Hite, les analyses de Masters et Johnson, les observations des Weinberg, Williams et Moser dans les années 80. Depuis 1994, le DSM-IV, le «Diagnostic and Statistical Manual of Psychiatric Conditions» qui sert de manuel de référence aux membres de l’American Psychiatric Association, juge désormais que les échanges de pouvoir érotiques ne sont jugés comme une déviance pathologique que s’ils représentent le seul moyen qu’a un individu d’obtenir une excitation sexuelle.

Un monde fascinant ? Depuis plusieurs décennies, l’art décline l’iconographie SM à toutes les sauces. Sade est devenu un auteur respecté entré à La Pléiade. Le plus grand succès du cinéma québécois dans le monde, Le Déclin de l’empire américain, présente les pratiques sado-masochistes comme une alternative valable à l’hypocrisie sexuelle. La publicité aime bien recourir aux archétypes et à leurs contrepieds, comme dans cette récente pub québécoise où la jeune femme sûre d’elle et de ce qu’elle veut, enferme ce mignon et timide vendeur dans le coffre arrière de sa voiture après avoir terminé ses emplettes… Mais entre porter les corsets du designer de mode Jean-Paul Gaultier, apprécier les tenues vamp des Batman, Madonna et Shakira… et passer des fantasmes à l’acte, il y a un pas. Un grand pas.

Questions de principes

Mais que sont donc les échanges de pouvoir érotiques parfois désignés par l’acronyme BDSM ou simplement SM (même s’il y a des nuances importantes entre ces termes) ? Ces pratiques qui mettent en scène une personne qui contrôle le jeu et personne qui se soumet au jeu, font intervenir des pulsions, des sensations et des émotions puissantes, par exemple l’excitation, l’attente, la peur, le dégoût, l’humiliation, le ridicule, la colère sublimée, l’angoisse, la rage, toutes sortes de contraintes physiques et mentales destinées à augmenter l’intensité des émotions et des sensations des partenaires.

Cultiver la peur à des fins de plaisir érotique, demanderez-vous ? Comme dans toutes ces salles de cinéma et les bonnes librairies où beaucoup apprécient les dernières trouvailles de Stephen King. Où l’anticipation et la peur sont sources de plaisir.

Mais entre le fantasme et sa réalisation, le grand pas est difficile à franchir pour de multiples facteurs.

  • Parce qu’identifier et révéler des pensées intimes qui vont à l’encontre des idées reçues n’est pas une chose facile à réaliser. La crainte du rejet et des jugements est difficile à surmonter.
  • Parce que malgré tout ce qui se dit et se montre, distinguer la réalité des pratiques des stéréotypes coriaces est souvent ardu.
  • Parce que les sources d’information valables sont difficiles à trouver, parfois contradictoires, et en français, presque inexistantes.
  • Parce que dénicher un ou des partenaires avec lesquels on a des affinités et une confiance réciproque est une véritable quête du Graal.
  • Parce que, il faut bien l’admettre, aux aspects ennivrants de la découverte des zones grises de ses pulsions sexuelles correspondent des comportements irresponsables, des univers glauques et des traumatismes qui mettent parfois toute une vie à cicatriser.
  • Parce que, même entre les gens qui «jouent», il n’y pas unanimité. Le spectre des comportements et des activités est large, La majorité des pratiquants ne prennent leur plaisir ni dans toutes les activités ni dans tous les rôles. Il y a beaucoup de place pour la méconnaissance, l’arbitraire et les jugements de valeur.
  • Parce qu’il n’est pas rare d’entendre des fervents expliquer le BDSM par ses trois acronymes, BD, DS et SM… alors qu’une fois ces choses dites, on n’a rien expliqué par exemple des fondements du Bondage et de la Discipline.

L’interlocuteur reste forcément perplexe : «Elle aime se faire attacher parce qu’elle masochiste ? Ah, c’est cool… Au fait, elle est où la sortie ?…»

La personne qui souhaite explorer ses envies et penchants de soumission érotique est prête à offrir sa confiance en une personne en échange du respect et de la sécurité. Hors de ces conditions fondamentales, point de jeu. Et c’est ça le BDSM, son principe fondamental, l’échange de pouvoir, un accord négocié de bonne foi entre adultes majeurs et vaccinés. «En échange de ton corps, de ton esprit et de ta confiance en mes connaissances et mes soins, je t’offre le respect de ton intégrité, et l’assurance que tout ça ne finira pas à l’urgence…», pourrait dire poétiquement la personne dominante à la personne soumise.

Tout le reste, c’est juste des activités pour parvenir à nos fins.

Quand on explique ça aux demoiselles vanille, elles veulent toutes se soumettre… enfin, presque toutes.

La suite de l’article porte sur les activités BDSM.


Par Valmont, le 05 novembre 2002 dans le site cercleo.net



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