Trouver un Maître…. son propre mari ou un autre homme?
Ce texte est une traduction par libertas du texte Pearls before pony-girls de Jon Jacobs. L’original en anglais se trouve dans le site de submissivewomanspeak.
« Récemment, parmi les gens que j’ai personnellement conseillés, de même que parmi ceux qui ont demandé de l’aide ou des conseils en nous écrivant à Polly ou à moi-même, j’ai pu constater une véritable épidémie de femmes qui, cherchant un partenaire de jeux BDSM, se retrouvent dans une situation où elles essaient de faire de leur conjoint leur Maître, que celui-ci ait ou non des besoins de cet ordre.
Cette situation délicate et difficile mène rarement vers un résultat positif, bien que cela puisse fonctionner chez certains couples.
Les femmes ressentant un besoin profond de soumission se retrouvent généralement dans cette position pour deux raisons fondamentales.
La situation la plus courante étant celle de la femme déjà engagée dans une relation avec son conjoint.
Cette femme découvre et accepte ses besoins de soumission, bien qu’elle soit réticente à détruire sa relation actuelle afin d’aller à la recherche d’une personne dominante.
Cette femme essaie de confier à son partenaire ses besoins de soumission en espérant que celui-ci les comprennent et les acceptent. Et la cerise sur le sundae, que le tout éveille en lui ses propres besoins et aptitudes face à la domination.
La moins courante des situations est celle de la femme qui découvre ses besoins de soumission avant de s’engager dans une relation et qui commence à s’impliquer avec un partenaire qui prétend être un dominant ou en lequel elle voit ce potentiel.
Bien qu’inhabituel, j’ai pu le constater suffisamment de fois pour que cela vaille également la peine d’en parler.
Les situations décrites plus haut sont parmi les plus dangereuses pour une femme soumise, mis à part le risque de se retrouver brusquement pieds et poings liés à la merci de quelque idiot lui tenant une lame sur la gorge.
Certainement, le danger est plus émotionnel que physique, mais le résultat peut être dévastateur.
Je tiens à préciser : je comprends, et en aucune façon je ne juge ou dévalorise les raisons pour lesquelles une femme hésite à briser une relation déjà bien établie au moment où elle réalise l’étendue de ses besoins de soumission.
J’attache une importance considérable à l’intimité et aux expériences partagées dans un couple uni depuis longtemps.
De telles expériences, même si la relation peut avoir certains aspects négatifs, sont merveilleuses et ne peuvent être balayées du revers de la main.
Lorsque des enfants sont en cause, bien sûr la situation est encore plus sérieuse. Ajoutant aux difficultés que les divorces causent aux enfants, et ce même dans une relation conventionnelle, se trouve la terrible possibilité qu’un méprisable partenaire utilise les besoins de soumission de sa conjointe comme prétexte pour lui enlever la garde de ses enfants. Ceci devient alors un argument de taille.
Étant donné tout ce que j’ai cité plus haut, il est tout à fait naturel qu’une femme soumise nourrisse en elle-même l’espoir que son actuel mari conventionnel cache à l’intérieur de lui-même le dominant de ses besoins et de ses rêves.
La plupart des femmes dans cette situation font de grands efforts pour essayer d’éveiller en lui cette nature dominante.
Toutefois, la triste réalité est que plus souvent qu’autrement, il n’y a aucun trait de dominant en lui. Une femme qui explique, du mieux qu’elle peut, à son mari ou amoureux ce dont elle a besoin et pourquoi elle a ce besoin, peut se trouver face au rejet ou à la colère de ce dernier.
Dans ces cas c’est une bonne chose car, dès lors il est clair qu’il n’y a pas de dominant à la maison.
Plus souvent, l’homme impliqué a suffisamment d’attentions et d’amour envers sa partenaire pour faire de son mieux afin de la comprendre et chercher en lui la capacité de la satisfaire, sans comprendre que la « satisfaire » n’est pas du tout ce qu’elle veut.
C’est là que les vrais problèmes commencent.
Les types de situation selon la relation du couple
Parlons de cette situation inhabituelle où dans le couple le partenaire autrefois conventionnel cachait un dominant qui n’attendait que de s’éveiller, de s’exprimer. La Belle au bois dormant, version dominant, quoi. Peut-être qu’il connaissait depuis toujours son intérêt pour la domination mais se considérait malade, abusif, seul de son espèce dans le monde entier. Peut-être était-il totalement ignorant de pareilles tendances en lui.
Dans l’un ou l’autre cas, suite à la révélation de la soumise, une fois la confusion et le malentendu dépassés, le couple chanceux commence un voyage stimulant et gratifiant dans la découverte de soi et de l’autre. La confusion et le malentendu peuvent se régler rapidement ou bien durer un certain temps.
Mais si cela dure et perdure, la soumise sincère devra en tirer ses propres conclusions.
C’est de loin la situation la plus courante et la plus triste.
Le pauvre type concerné se sent agressé, attaqué, dupé. Qu’arrive-t-il à la femme qu’il connaît depuis tant d’années ? A-t-elle changé ? Devient-elle folle ? Y a-t-il quelque chose de vrai dans tout cela ?
S’il l’aime suffisamment pour passer outre et tenter de la comprendre et qu’il essaie de devenir ce dont elle a besoin, il se retrouve dans une situation impossible.
Auparavant, il ne ressentait pas de besoins urgents de dominer. En réalité, il peut même trouver dégradant et repoussant le genre de comportement qu’elle dit avoir besoin de sa part : il ne sait vraiment pas quoi faire. Il interroge sa partenaire en détail, essayant d’apprendre exactement ce qui lui est demandé.
Quelquefois il en arrive même à essayer de systématiser son propre comportement, d’apprendre par cœur un code de réactions qui pourraient plaire à sa partenaire soumise : donner des ordres, émettre des règles de conduite, déterminer des punitions et récompenses, et ainsi de suite. En résumé, il tente de subordonner ses désirs et besoins à ceux de sa compagne.
Ce comportement ne va en aucune façon répondre aux besoins de la soumise.
Le paradoxe est évident et souvent terrifiant.
Elle est en contrôle de la situation, ce qu’elle désirait le moins. La sorte de confiance qui doit exister entre les partenaires dominant et soumis n’est pas bâtie. Les réserves de confiance qui peuvent exister entre les deux conjoints s’épuisent alors qu’ils estiment devoir préserver la façade, essayer de sauver la relation.
La soumise, dans la situation rare où elle découvre sa soumission avant d’être impliquée dans une relation, et qui choisit un homme en qui elle voit ou espère voir un dominant, souvent se retrouve aux prises avec le même dilemme que la soumise dans la situation précédente.
Cet homme lui avait dit être un dominant et comprendre ses besoins mais, en pratique, il n’en est rien. Il est incompétent en bien des manières.
Elle peut avoir cru également qu’il était un dominant mais qu’il ne connaissait simplement pas cela, mais elle découvre qu’elle s’était trompée. Elle peut essayer de se convaincre qu’il y a une mince possibilité qu’elle soit dans l’erreur et peut lui donner chance après chance de faire ses preuves, vivre d’échecs blessants en échecs blessants, et essayer encore et encore.
C’est très difficile pour elle de savoir quand elle laissera tomber. Peut-être sent-elle que cette fois-ci il verra la lumière surgir et que ce sera différent. C’est bien assez pour que cela la tienne bien loin du moment où enfin la raison l’emporte.
Les soumises, dans l’une ou l’autre de ces situations, font face à deux décisions cruciales, les plus difficiles à envisager.
La première décision est de décider d’affronter la réalité courageusement, d’admettre qu’après toutes ses tentatives d’explication, toutes ses expériences, toute sa patience, son partenaire n’est tout simplement pas l’homme dont elle a besoin.
Parce qu’affronter cette réalité est très difficile et de mauvais augure, elle peut essayer de choisir quelque autre possibilité, laquelle aura pour résultat sa répétition de tentatives infructueuses de changer son partenaire en un dominant.
Plus elle pousse en ce sens, plus les partenaires souffrent de frustrations et d’échecs cuisants. Toute la confiance qui restait entre eux disparaît. Les bonnes choses qu’ils partageaient s’effacent peu à peu et chacun se désillusionne. D’inévitables difficultés sont amplifiées par la déception, et l’amertume grandit. Plus longtemps elle attend avant d’affronter la réalité, plus longtemps elle s’obstine à esquiver, et plus ce sera difficile d’y faire face.
L’ironie est que la plupart des soumises dans cette situation savent ce qu’elles font mais trouvent cela quasiment impossible d’arrêter. Alors, elles se questionnent : est-ce raisonnable d’accepter la défaite et d’essayer de continuer ? Puisque ce n’est jamais possible de savoir avec certitude qu’un effort de plus serait désespéré, il n’y a pas de solution quantifiable à ce problème. Étant donné les redoutables possibilités de répéter infiniment les tentatives échouées, la soumise doit à ce moment là, avoir le courage de décider qu’assez c’est assez.
La deuxième décision à laquelle la soumise doit faire face, dès qu’elle a admis que son partenaire n’est pas la personne dont elle a besoin dans sa vie, est ce qu’elle doit faire avec cette conclusion. Il n’y a que trois options.
La première option est d’ignorer ses besoins de soumission et d’essayer de continuer avec son partenaire, comptant sur les éléments positifs de leur relation et faire de son mieux. Une variante à cela est de continuer une relation de petits jeux avec son partenaire, pensant que, même si ses besoins réels ne peuvent être satisfaits, ce sera mieux que rien.
Cette approche fonctionne rarement. Typiquement, ses sentiments de soumise surgissent plus fort quelques mois ou quelques années plus tard, et, consciemment ou non, elle se comporte de façon à détruire sa relation. Le dénouement est souvent même plus difficile que s’il avait eu lieu des mois ou des années plus tôt.
La deuxième option est d’essayer de satisfaire ses besoins de soumise en dehors de sa relation première.
Je soupçonne que c’est une ligne d’action choisie par la majorité des soumises dans cette situation. Malheureusement, je ne connais nul exemple ou cela ait fonctionné dans le sens de permettre à la soumise de répondre à ses besoins.
Dans tous les cas connus ou quelqu’un a essayé cela, la deuxième relation avec un dominant putatif prend place comme une relation transitoire, comme une infidélité, et normalement détruit son mariage et ne survit pas.
La troisième option est la plus révolutionnaire : laisser sa relation derrière elle, si dur que cela puisse être, et chercher le dominant de ses rêves.
Naturellement, cette recherche n’est pas toujours couronnée de succès. J’aimerais bien pouvoir prétendre que les craintes, retenant la femme soumise de choisir cette option, sont non fondées. Souvent elles ne le sont pas. Le divorce que nécessite le comportement de la femme soumise peut être horrible et blessant, surtout si la garde des enfants est en jeu.
Si le précédent partenaire est puissamment odieux, la famille peut être écartelée, l’emploi peut être perdu, etc. Pourtant, dans la plupart des cas, la fin de la relation sera le résultat, peu importe comment les partenaires s’acharnent à la faire fonctionner.
Comprendre cet inconfortable fait est important, crucial.
Identifier les besoins et sentiments
Ayant peint un triste tableau de la situation, mais non dépourvu de réalisme, il y a quelque chose qu’une femme soumise puisse faire afin d’obtenir le résultat le plus satisfaisant possible.
La première est d’être très honnête avec elle-même : la soumise doit être capable d’identifier ses besoins et ses sentiments.
Cela n’est pas facile, évidemment : même une femme courageuse trouve habituellement difficile d’être certaine de sa complète honnêteté envers elle-même. Elle doit décider, choisir entre vivre sa vie de soumise, qu’elle désire ardemment, et maintenir sa relation actuelle, laquelle est très importante pour elle.
Si elle choisit sa relation actuelle, elle doit faire un jugement éclairé quant à savoir si elle est capable d’abandonner ses besoins de soumission de façon permanente. Elle se doit d’être extrêmement prudente dans tout ce processus. Il serait ici futile de croire que son rêve deviendra réalité simplement parce qu’elle en a un besoin terrible, que ce rêve soit réaliste ou non.
La femme qui prend soin de faire ce bilan aura probablement une vie meilleure moins semée de conflits émotionnels et de désastres, que la femme qui ne le fait pas.
Tout ceci est facile à dire.
Un évaluateur de balivernes
Le cerveau est rarement très utile pour s’analyser soi-même et c’est atrocement difficile de savoir si vous êtes honnête et réaliste avec vous-mêmes ou si vous avez juste besoin de croire que vous l’êtes.
La seule aide que je peux offrir ici est quelque chose qui, comme les décisions elles-mêmes, est plus facile à dire qu’à faire. Vous devez trouver quelqu’un en qui vous ayez totalement confiance, quelqu’un de stable sur le plan émotif, dont le jugement est clair et d’ordinaire précis, et qui comprend l’intensité de vos besoins et la difficulté de votre dilemme.
Vous devez amener cette personne — un mentor, si vous préférez — dans votre secret et lui demander d’être un (ou une) moniteur de votre pensée : un évaluateur de balivernes. Pourquoi ? Pour vous aider à séparer la réalité du fantasme, pour vous apporter le support dont vous avez besoin afin que vous soyez en mesure de prendre cette décision si difficile.
Si malgré tout, à la fin vous êtes irrémédiablement confuse et que vous avez complètement confiance en l’autre personne, vous pouvez même lui demander de prendre la décision finale que vous ne pouvez pas prendre vous-mêmes.
On m’a souvent demandé de faire cela et je l’ai fait.
C’est une responsabilité terrible. »
Photos : borinthu83, Esther G, slyght, alreadythere, Motorkitty et Antonella R.







