L’humiliation dans un contexte bdsm
L’humiliation dans un contexte bdsm est un outil très délicat à manier. Elle est souvent considérée à tort ou à raison, comme une marque d’irrespect de la part du dominant envers la soumise. Comme une atteinte inacceptable à sa dignité.
On accusera volontiers le dominant qui s’amuse à humilier la soumise, qu’il la méprise. La domina humiliant le soumis fera très peur aux mâles autour qui la traiteront volontiers de castratrice.
L’humiliation est classée dans le registre de la cruauté, de la froideur, du clinique, de l’impersonnel.
Avez-vous parcouru le dictionnaire Robert récemment?
Il est toujours intéressant de revenir aux sources.
Humilier : 1. Incliner avec respect. V. Prosterner « Humilier ce front de splendeur couronnée » (RAC.) – Pronom. S’humilier: se soumettre 2. Vx ou relig. Rendre humble, remplir d’humilité. Dieu humilie les superbes (ACAD.) V. Abaisser. S’humilier devant Dieu. 3. Abaisser, rabaisser, d’une manière outrageante ou avilissante. V. Dégrader, écraser, mortifier. « Votre rêve… est d’humilier l’homme qui vous a offensé » (Proust). – Pronom. S’humilier devant qqn. Ant. Élever, enorgueillir, exalter, glorifier.
Humiliation : Action d’humilier ou de s’humilier; V. Abaissement; honte. « La joie de l’humiliation d’autrui » Relig. Les humiliations de la vie religieuse. V. Mortification. État, sentiment de celui qui est humilié. V. Confusion, honte. Rougir d’humiliation. « Si l’humilité est un renoncement à l’orgueil, l’humiliation au contraire amène un renforcement de l’orgueil ». 2e Ce qui humilie, blesse l’amour-propre. V. Affront, Avanie, blessure. « La vie de Voltaire est une suite de triomphes et d’humiliations » (Sartre) Ant. Flatterie, glorification.
Il semble que les gens ne retiennent du mot humilier que son volet rabaisser, dégrader, écraser.
En parcourant l’internet, je me suis aperçu que peu de sites bdsm traitaient de l’humiliation, sinon pour la décrier plus souvent qu’autrement. Pour une, Volcane souscrit comme bien d’autres à la place de l’humiliation dans l’interaction bdsm en autant que l’amour soit au rendez-vous. Mademoiselle insiste pour sa part dans son blogue baguepourbonheur (disparu) sur les effets de l’humiliation sur la personne soumise.
Quant à la carpette (malheureusement, son site semble désormais dans les limbes), il offre un point de vue de soumis sur l’humiliation en recadrant la frontière mince entre l’écorchure et la véritable blessure, insistant sur cette « mécanique de précision humaine » où l’on doit prendre en compte les motivations et les aspirations de chacun des participants, de même que les interactions entre eux.
J’apprends ailleurs que l’humiliation est une pseudo-émotion. « C’est une blessure à l’amour-propre, plus particulièrement un accroc à l’image que l’on veut donner de soi-même. »
Dans la définition offerte par Wikipedia, l’humiliation serait « une dégradation de l’image de soi, infligée par châtiment corporel ou non, par exemple en disqualifiant la personne aux yeux des autres. »
Entendons-nous bien : dans un contexte d’échange de pouvoirs érotique sain, en aucun cas l’humiliation ne saurait consister à disqualifier l’autre, à dévaloriser l’autre, à la dénigrer et à la rabaisser. Ce serait aller dans le sens contraire à ce qui est souhaité et souhaitable.
Ce qui est souhaité? Le dominant qui a autre chose en tête que de se défouler toujours davantage sur la personne devant lui, ce dominant, dis-je, souhaite amener la soumise à avoir une meilleure image d’elle-même, à s’ouvrir toujours un peu plus, à apprendre à se faire confiance et à faire confiance à l’autre, à s’ouvrir de plus en plus à ses besoins, à ses envies, à ses désirs, à ses fantasmes tous plus délurés les uns que les autres.
Bref, la soumission pour apprendre à s’aimer. N’est-ce pas un beau programme, loin des espaces glauques et des discours abrutissants?
Dans ce contexte, il serait étonnant que d’interpeller la soumise en lui lançant : « Hey la grosse, viens icitte! » soit de nature à instiller la confiance en elle et à l’aider à avoir une image positive d’elle-même. Dire à la soumise qu’elle n’est bonne à rien ou qu’elle ne réussit jamais rien de ce qu’on lui demande, ne peut que la dévaloriser et nourrir son auto-dénigrement déjà solidement bien ancré dans ses habitudes. Il n’y a là rien de bien joyeux, ni de très productif.
On lit souvent que l’échange de pouvoirs érotique doit être sain afin d’être acceptable, vous vous rappelez ?








