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L'échange de pouvoirs érotique


Qu’appelle-t-on consentir?

Sujet(s) : consentement   696 lectures  1 commentaire     Imprimer

Waiting, par Eric Charles, 2006

Un passage lu dans Le Paradoxe amoureux de Pascal Bruckner sur la notion de consentement.

Qu’appelle-t-on consentir?

Par un étrange retournement, presque un demi-siècle après Mai 68, la notion de consentement en vient à être frappée de suspicion. Beaucoup y voient désormais le symptôme d’une servitude imposée et dénoncent une manipulation générale dans toutes les mises en scène amoureuses. Retour sournois du vieux pessimisme culturel qui décrète l’être humain trop immature pour mériter la liberté.

Or le verbe consentir a deux sens : accepter et vouloir. Dire *Je veux bien* ou *J’en ai très envie* n’est pas la même chose. État de fait tolérable d’un côté, souhait intense de l’autre. On peut se résigner à un travail médiocrement payé, faute de mieux parce qu’il faut bien manger. Dira-t-on pour autant que les ouvriers, les employés ne consentent pas à leur condition? Si, mais avec des réserves et l’espoir de l’améliorer un jour : leur *oui* est un *oui peut-être* qui ne présage pas d’une déception éventuelle ou d’un refus ultérieur. Frapper de doute toute forme d’approbation, c’est montrer l’être humain toujours captif, assujetti.

On comprend ce qui est en jeu dans ce débat : une double conception de la liberté comme souveraineté ou comme « intelligence de la nécessité » (Spinoza). Dans un cas, nous ne sommes jamais libres parce que jamais tout-puissants et nous restons sous influence pour nos décisions les plus intimes. Les relations humaines seraient des formes masquées de violence. On peut à l’inverse souligner que nous consentons toujours dans une certaine ignorance de notre propre désir, dans un clair-obscur d’envie et de réticence et que notre volonté doit composer avec l’adversité pour mieux la contourner.

Pas plus l’indépendance absolue que l’asservissement total ne conviennent pour décrire la condition humaine, laquelle est cette possibilité donnée à chacun de s’extraire d’un code, d’une origine sociale, d’une nature. Et plus encore de commettre des erreurs et de les rectifier.

Je rattache volontiers au propos de Bruckner ces deux paroles si différentes dans leur conception, de même que dans leur application : « Je suis soumise à vous » et « vous me dominez ».

Photo : Dirty Luxe, aka Eric Charles.


Par Valmont, le 25 juin 2011 dans le site cercleo.net


  • Andre Outrescaut

    Votre article sur le consentement est bien fait , en effet si on n’avait pas très envie d’être dominé ce ne serait pas un consentement réel mais dans l’autre cas bien et il n’y a rien à redire à cela , chacun mène sa vie comme il le peut et si c’est ainsi qu’il le veut c’est très bien .CQFD


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