Peut-on faire l’apprentissage du BDSM? Est-ce que l’échange de pouvoir érotique s’apprend?
Récemment, dans le cadre d’une conversation tenue dans Fetlife, je soulignais combien les gens utilisent très souvent plusieurs termes de façon presque interchangeable : méthode, code, protocole, communauté, style, règle, étiquette, et j’en passe.
Je le déplore chaque fois, parce que cela perpétue la confusion.
Cette confusion, je la constate tous les jours dans les conversations entre amateurs de BDSM. Ici comme ailleurs, elle n’engendre que chicanes et mépris pour les différences. Ce que je trouve toujours assez particulier compte tenu du fait que les gens qui pratiquent des activités BDSM demandent aux autres de respecter leurs propres différences en matière sexuelle.
Table des matières de cet article
Discours de la méthode
Je vais me concentrer ici sur le terme « méthode »… comme dans l’expression « méthode d’apprentissage ».

Si par méthode on exclut la pratique BDSM ou sexuelle X comme telle, par exemple, l’usage du fouet ou le ligotage, il reste quoi? Un homme et une femme (simplifions).
Que veut cet homme et que veut cette femme? Dominer ou se soumettre (simplifions bis).
Et donc, apprendre à dominer, apprendre à se soumettre. Passage (presque) obligé.
Or donc, comment s’y prendre pour apprendre?
Que veut la personne quand elle dit qu’elle veut apprendre à se soumettre? Elle veut apprendre à obéir, à servir et à plaire. Une ou toute combinaison de ces verbes. Que veut une personne quand elle dit qu’elle veut apprendre à dominer? Elle veut se faire obéir, se faire servir et qu’on lui plaise. Une ou toute combinaison de ces verbes.
Quatre « méthodes d’apprentissage » du BDSM
À vue de nez, je vois quatre « méthodes d’apprentissage » de l’échange de pouvoir érotique et des pratiques BDSM. Utilisées séparément ou pèle-mêle le plus souvent.
Voyons voir en quelques traits, sur-simplifiés il va sans dire.
La dépersonnalisation
La dépersonnalisation (connue sous l’expression caricaturale de lavage de cerveau). Utilisée notamment dans les sectes et dans toutes les armées sur la planète. Ou par un dominant.
La dilution du Moi au profit d’une entité supérieure. Dieu ou Maître, allez, loue-le!
La violence domestique
La violence domestique, avec ses corollaires que sont le chantage émotif, le dénigrement systématique et l’infériorisation de l’autre.
Méthode très populaire, ne soyons pas dupes. Avilissante et destructrice, sa force repose sur deux piliers : la peur et la manipulation. Employée par plusieurs amateurs.trices de BDSM, dans Fetlife comme ailleurs.
La programmation neuro-linguistique
Je considère la programmation neuro-linguistique (auto-suggestion et auto-hypnose), comme une méthode d’apprentissage de la relation de pouvoir. Maître Bob des Amis de Germanicus parle de psychanalyse permanente entre les membres du cercle auquel il appartenait. Je peux me tromper mais j’aurais tendance à croire que ces gens font de la PNL.
Positive, puissante, la PNL, qui se situe au croisement de la cybernétique, la psychothérapie et la linguistique, je la situe volontiers du côté des thérapies par la parole (recherche dans Google avec ces termes).
La psychologie behaviorale
La psychologie behaviorale est surtout reconnue dans l’imagerie populaire par les expériences de Pavlov avec des chiens.
Ici, c’est le système de récompense/punition. Certains parleront de la méthode de la carotte et du bâton.
Sans disposer de chiffres ou de statistiques, j’aurais tendance à croire que cette méthode d’apprentissage du BDSM est la plus répandue.
« Si vous allez me chercher cet os là-bas au fond de la salle bondée de gens, ma belle salope, je vous donnerai un biscuit. » Ce biscuit prend souvent la forme d’une gratification sexuelle sous toutes ses formes, la réalisation de fantasmes délurés, etc. Le sexe alors devient un moyen auquel recourt le dominant pour faire du conditionnement de la personne soumise.
Je classe volontiers les travaux de Peter Masters et ceux du Master/slave Dev Center dans la méthode behaviorale.
La place du mentorat
On pourrait arguer que le mentorat est une méthode d’apprentissage de l’échange de pouvoir, par effet d’imitation et d’entraînement.
Ce n’est pas tout à fait faux. Mais je classerais davantage le mentorat sur le même pied que les livres, ateliers, sites web, stages (« boot camp »), et autres moyens d’apprendre : ce n’est pas le sujet de l’apprentissage.
Des jeux sociaux pour adultes
C’est pareil pour l’imitation des codes et des tics tirés de l’imagerie populaire où le cinéma et la littérature servent de méthode à plusieurs : « ahah je suis O, vous êtes Sir Stephen, je me livre à vous, houhou! »
C’est ce que j’appelle des jeux sociaux pour adultes.
J’en arrive à ma seconde remarque ici : peut-on vraiment alors dans ces cas parler de méthode d’apprentissage? J’aurais plutôt tendance à croire que ce type de BDSM constitue un jeu pour adultes, sous forme de théâtre (importance de la mise en scène, les costumes, les formules langagières, les rôles campés, la scène). Ou d’un jeu de rôles GN (grandeur nature).
Je classe volontiers l’univers goréen de John Norman dans cette mouvance. On pourrait aisément inventorier plusieurs oeuvres et sous-cultures dans cette mouvance : vampire, gothique, geishas, médiéval, etc.
D’ailleurs, beaucoup de gens utilisent un pseudonyme tiré des oeuvres et des univers de ces sous-cultures.
Toujours dans les signes
Dans tous ces cas, nous restons toujours dans les signes. Je trouve que dans les conversations, nous demeurons encore trop souvent empêtrés dans les codes, les manières, le style, l’enrobage, lesquels ne nous disent rien sur l’échange de pouvoir érotique, sur la dynamique entre la personne dominante et la personne soumise.
Bref, aucune méthode ne me semble supérieure à une autre. À chacun et chacune d’adopter les façons de faire qui lui conviennent. Il existe plusieurs écoles de pensée.

Cet article est en perpétuelle élaboration. N’hésitez pas à me faire part de vos observations.


Je déguste vos mots… Toujours un plaisir de vous lire. La violence domestique, décrite dans méthodes d'apprentissage me repousse. Bien que puisse comprendre les trois autres techniques, celle-ci ne me semble pas saine. Il peut y avoir une relation de dominance, sans dénigrement et toujours dans le respect, à mon sens. Mon Maître n'a pas besoin de me diminuer (ou du moins, il ne le fait pas de manière à ce que je me sente attaquée), pour que je sois à ses pieds. Sinon, pour le PNL, j'adore… pour ceux qui peuvent le maîtriser. Cet hypnose cérébrale est … impressionnante. C'est un peu comme de la magie. Ce qui a fonctionné le plus, dans mon cas, c'est de beaucoup le « brain-washing » ou plutôt, le conditionnement. Un timbre de voix différent, un regard autre, et hop, je tombe dans un autre atmosphère et je sais que je dois maintenant obéir. Sans cette sphère, je ne sais pas me soumettre. Particulier, non? Il y a aussi un besoin de constance… Une soumission régulière. Sinon, il me semble que lorsqu'il y a une longue pause entre deux séances, je n'arrive pas à me donner. Et pourtant, lorsque les échanges sont réguliers, dieu sait qu'il pourrait faire ce qu'il voudrait. J'attends la suite avec impatience.
« Cet article est un work-in-progress. Aucune méthode ne me semble supérieure à une autre, à chacun et chacune d’adopter les façons de faire qui lui conviennent. »
:-))
Texte intéressant ; Comme tous ceux publiés sur ce site d’ailleurs…
Je veux croire cependant qu’il existe une cinquième méthode d’apprentissage, qui devrait être privilégiée en matière de D/s. Il s’agit de l’épanouissement individuel et sentimental.
Plutôt que de conditionner la soumise à bien se comporter par le jeu basique des récompenses et des punitions (ce qui engendre insidieusement une relation basée sur l’intérêt calculé plutôt que le don – spontané et absolu – de soi), il s’agit de :
1) Mettre en évidence l’importance de chaque étape menant au statut et à la condition de « soumise accomplie » ; Cet idéal perpétuellement repoussé étant une source de bonheur intense, de fierté justifiée et de satisfaction intellectuelle pour la soumise. Il est bien sûr question ici de l’épanouissement individuel de la personne docile.
2) Faire le rapprochement entre une soumission pleinement satisfaisante du point de vue du Dominant et l’intensification bilatérale de la relation amoureuse : Une soumise sachant donner totale satisfaction à son Maître est considérée par lui, s’il n’est pas ingrat, comme un être précieux ne pouvant que susciter reconnaissance, admiration, respect et vrais sentiments.
Si la relation de D/s, et plus largement toute relation de nature BDSM, repose fondamentalement sur les rapports d’intérêt et la quête de la satisfaction personnelle, il ne faut pas taire pour autant la recherche de l’accomplissement, tant de l’individu que du couple.